Je ne signerai pas cette offensante lettre :
Vous savez qui je suis, moi que tous ont pleurés,
Car j'ai damné mon âme en condamnant mon être.
Assassin ou héros, meurtrier, ennemi,
Que m'importe les nuits où nos rêves se glacent ?
Le malheur ténébreux que mon sein a nourri,
Nous ressemble à tous deux quand nos songes s'enlacent.
Mais devant quel tombeau sulfureux et sublime,
Aurais-je encor le droit de vous haïr, mon frère ?
Cardinal, ô serpent dont le venin m'abîme,
Devant quelle statue apprendrais-je à me taire ?
L'amour incestueux que j'ai su vous offrir
M'a peinte aux yeux de tous comme ignoble diablesse,
L'innocence et la mort ont brisé mon désir,
Qui vous pardonnera d'avoir aimé Lucrèce ?
Qui pourrait pardonner au plus pur des humains
D'avoir prié cent fois un archange trop sombre ?
Le vent sur mon visage et le sang sur mes mains,
Font entrevoir des cieux qui n'ont même plus d'ombre.
Mon c½ur est un miroir que la magie occulte,
Comme le vôtre -hélas !- il ne croit plus en rien ;
Je vous aime toujours, car le jour vous insulte :
Tombés déjà si bas, pourquoi faire le Bien ?
Moi je fus le couteau que le pape espérait,
Agissant pour un Roi dont le nom vous rebute ;
Et malgré cette croix où chacun me voudrait,
A quoi bon me lever, car toujours Borgia chute








